Pourquoi je choisirais la coupe corbeille
Pour une poitrine petite à moyenne, le premier détail que je regarde est la hauteur du bonnet. J’aime voir la dentelle de face tout en gardant le haut du buste dégagé. Le Shadow ménage cet espace. Ses bretelles rejoignent les bonnets loin sur les côtés, et le velours descend de part et d’autre vers le milieu de la poitrine. Sous une chemise entrouverte, on peut ainsi apercevoir le décolleté sans voir toute la lingerie. Voilà ce qui me ferait choisir cette corbeille pour une journée au bureau.
Sur la photo de face, mon détail préféré tient dans le peu de place qui sépare les deux rubans de velours. Chacun descend doucement depuis la bretelle et se termine d’un coup, à bout carré. Entre les deux, on aperçoit un peu de dentelle. Si les rubans se rejoignaient, je verrais presque un bandeau. Cette petite interruption suffit à faire sentir les deux bonnets et à ramener le regard vers le milieu, sans y mettre le moindre bijou.
En écrivant sur le bustier Illusion de Chantelle, j’avais aimé les pétales qui montent vers l’épaule. Là, pour suivre le décolleté, il faut suivre les fleurs. Sur Shadow, mon œil suit le bord de chaque bonnet d’un seul trait, sans rencontrer un pétale. Je préfère cette coupe pour la dentelle noire. Le velours lui donne une ligne franche, bien visible de loin, et les fleurs peuvent se permettre d’être fines. Revoir le bustier Illusion
Sur la peau, les coutures se dessinent
À plat, sur le fond clair, je remarque les petites feuilles et les tiges qui s’enroulent sur les bonnets. Sur la photo portée, je vois d’abord les coutures. Une ligne presque verticale traverse chaque bonnet, puis rejoint la courbe sombre de l’armature. À elles deux, ces lignes donnent du relief au réseau très fin de la dentelle Leavers. Les tiges noires paraissent passer sur la peau, tandis que l’œil arrive toujours à suivre la forme du bonnet. C’est une jolie façon d’employer autant de dentelle ajourée sans perdre le dessin de la coupe.
Sur une petite poitrine, j’aime que le ruban ait assez de présence pour dessiner le décolleté à lui seul. Sur une poitrine moyenne, c’est à la jonction du velours et du sein que je regarderais le résultat. À l’essayage, je me pencherais puis me redresserais pour voir si le ruban revient se poser à plat, sans bâiller ni marquer. Un essayage me renseignerait là-dessus bien mieux que la largeur des bretelles sur une photo. C’est cette ligne nette qui m’intéresse dans le Shadow, et je perdrais une bonne part du plaisir si je devais la rajuster toute la journée.
Une chemise de bureau, puis un rendez-vous
J’imagine le Shadow sous une chemise de popeline un peu ample, rentrée dans un pantalon de tailleur. Une fois le premier bouton défait, un bout de velours peut dépasser. Sa largeur compte beaucoup ici. Un liseré étroit se perdrait dans le pli du col. Ce ruban reste bien visible et pourrait tout aussi bien être le bord d’un caraco. Même la bretelle, toute simple, laisse le doute. Avec une blouse très fine et ajustée, je choisirais plutôt un bonnet lisse. La largeur du velours et le relief des coutures, que j’aime tant ici, iraient contre l’effet discret que j’attendrais de cette tenue.
C’est une pièce que je choisirais volontiers pour un soir de rendez-vous après le bureau. On pourrait garder la chemise boutonnée exactement de la même façon au dîner. J’aime qu’un soutien-gorge aussi transparent laisse à celle qui le porte le choix d’en montrer si peu. Le plaisir commence assez tôt dans la journée, bien avant que quelqu’un d’autre ait l’occasion de voir la dentelle.
Des fleurs plus lisibles, mais jusqu’où ?
Mon hésitation commence sous les bonnets. Sur la photo portée, je distingue d’abord trois festons. Dans les creux qui les séparent, la peau remonte presque jusqu’à la fine bande noire qui court sous les bonnets. J’aime ces échancrures, qui allègent tout le bas. En revanche, il faut regarder de près pour reconnaître les fleurs à l’intérieur des festons. À distance, j’y vois surtout trois petites ombres. Après des bonnets aussi finement dessinés, c’est là que la pièce me laisse un peu sur ma faim.
Pour voir ce qu’une fleur plus lisible changerait à cet endroit, j’ai pris comme point de départ un galon noir de YiTuo. Il mesure douze centimètres de large. Seuls le contour de ses fleurs et les longs cils du bord m’intéressent ici. Dans la variation de droite, trois fleurs aux pétales ronds alternent avec de petites boucles. Cette fois, je distingue les cœurs sans avoir à me rapprocher. Le galon JZY-81137J de YiTuo Lace
Le Shadow, deux façons de dessiner la bordure
La bordure du Shadow
Trois festons se détachent sous les bonnets. Leurs fils courts soulignent doucement chaque pointe.
La variation d’Alex
Des fleurs plus marquées et des cils plus longs donnent davantage de présence au bord inférieur.
Photographie du modèle · ChantelleÉtude de bordure · Alex
Une fois les deux versions côte à côte, je vois aussi ce que la mienne perd. À gauche, l’œil peut passer d’une feuille du bonnet à un feston presque sans sentir la jonction. À droite, les trois corolles bien rondes forment comme un second ruban. C’est très joli pris isolément, mais mon regard va droit à la fleur du milieu et oublie un peu trop vite les fines branches au-dessus.
Si je reprenais le dessin, je garderais les creux de l’original et les cils un peu plus longs de mon essai. À la place des trois grosses fleurs, j’emprunterais une feuille effilée au motif du bonnet. Je la laisserais descendre dans un seul feston. C’est ce petit air de famille entre le haut et le bas qui me ferait préférer la nouvelle bordure. Le décolleté, lui, je le garderais au trait près.


